3 400 milliards d'euros de dette. 60 milliards d'intérêts par an. Et pour payer ces intérêts, la France emprunte. Comment ça marche, et jusqu'où ça peut aller.
La vidéo
Voir la vidéo sur TikTokUne minute, trois chiffres, l'essentiel du dossier.Les chiffres clés
L'article
Le chiffre. La dette publique française, c'est-à-dire tout ce que l'État, la Sécurité sociale et les collectivités doivent à leurs créanciers, dépasse 3 400 milliards d'euros en 2026, soit environ 115 % du produit intérieur brut. Ramené à la population, c'est près de 50 000 euros par habitant, nourrissons compris. Elle était de 1 000 milliards en 2003, 2 000 en 2014, 3 000 en 2022. Le cap des 100 % du PIB a été franchi avec le Covid et n'a jamais été repassé.
Le vrai problème : les intérêts. Une dette ne coûte rien tant qu'on ne paie pas pour l'avoir. Or la France paie : la charge de la dette, c'est-à-dire les seuls intérêts, atteint environ 55 à 60 milliards d'euros en 2025, et devrait dépasser 70 milliards en 2027 selon les projections du gouvernement lui-même. C'est déjà plus que le budget de l'Éducation nationale hors pensions, et ce sera bientôt le premier poste de dépense de l'État, devant l'école, l'armée et la justice. Ces milliards ne construisent rien : ils rémunèrent ceux qui ont prêté.
Comment on paie les intérêts. On emprunte. L'Agence France Trésor, le service de Bercy chargé de la dette, lève chaque année environ 300 milliards d'euros sur les marchés : près de 170 milliards pour rembourser les vieux emprunts qui arrivent à échéance, et le reste pour couvrir le déficit de l'année, dont les intérêts font partie. Autrement dit, une partie des nouveaux emprunts sert à payer les intérêts des anciens. Les économistes appellent ça l'effet boule de neige : quand le taux d'intérêt dépasse la croissance, la dette grossit toute seule, même sans nouvelle dépense.
Pourquoi c'est pire depuis 2022. Entre 2015 et 2021, la France empruntait à 10 ans à des taux proches de zéro, parfois négatifs : les investisseurs payaient pour lui prêter. Depuis que la Banque centrale européenne a relevé ses taux pour lutter contre l'inflation, l'État emprunte autour de 3 à 3,5 %. Chaque fois qu'un emprunt ancien à 0 % arrive à échéance, il est remplacé par un emprunt à 3 %. Comme la dette se renouvelle sur sept à huit ans en moyenne, la facture monte mécaniquement pendant des années, même si les taux ne bougent plus. Et la France emprunte aujourd'hui plus cher que l'Espagne, le Portugal et même la Grèce, parce que les marchés doutent de sa capacité à réduire son déficit.
Qui rembourse ? Personne, et c'est normal. Aucun grand pays ne rembourse sa dette : il la « fait rouler », en remplaçant les emprunts qui expirent par de nouveaux. Ce qui compte, ce n'est pas le montant, c'est la trajectoire : tant que l'économie croît plus vite que les intérêts, le poids de la dette diminue de lui-même. Le Japon vit avec une dette de plus de 200 % du PIB sans crise, parce qu'elle est détenue par ses propres habitants et sa banque centrale. La France, elle, doit plus de la moitié de sa dette à des investisseurs étrangers. Le jour où ils demandent plus cher, ou plus du tout, c'est la crise.
Ce qu'on n'a pas eu le temps de dire
- Une part importante de la dette française (environ 20 à 25 %) est détenue par la Banque de France pour le compte de la BCE, qui reverse ses bénéfices à l'État : une partie des intérêts revient donc dans les caisses publiques.
- La dette ne sert pas qu'à boucher les trous : elle a aussi financé les hôpitaux, le TGV, les universités, le chômage partiel pendant le Covid.
- Les agences de notation (S&P, Moody's, Fitch) ont dégradé la note de la France à plusieurs reprises depuis 2024, ce qui renchérit chaque nouvel emprunt.
- Un déficit de 5 % du PIB, c'est 150 milliards d'euros par an. Pour stabiliser la dette, la France devrait le ramener sous 3 %, ce qu'elle n'a plus fait depuis 2019.
Sources
- INSEE, Dette trimestrielle de Maastricht des administrations publiques
- Agence France Trésor, programme d'émission et charge de la dette
- Direction du Budget, projet de loi de finances 2026 (charge de la dette)
- Banque de France, taux des OAT à 10 ans
- Cour des comptes, rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques (juillet 2025)
- Eurostat, dette publique des États membres
