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L'entreprise qui vaut plus que la France

Tech & IA

Nvidia vaut plus de 5 000 milliards de dollars en Bourse. La France produit 3 300 milliards par an. Une seule entreprise, presque deux fois un pays. Comment c'est arrivé, et pourquoi ça inquiète.

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Les chiffres clés

5 500 Md$
valeur de Nvidia en Bourse
3 300 Md$
PIB de la France en 2025
×14
la valeur de Nvidia depuis la sortie de ChatGPT

L'article

Une boîte de cartes graphiques. Nvidia naît en 1993, autour d'une table d'un restaurant Denny's de San José, en Californie. Trois ingénieurs, Jen-Hsun « Jensen » Huang, Chris Malachowsky et Curtis Priem, parient sur un marché de niche : les processeurs graphiques, ces puces qui calculent les images des jeux vidéo. Pendant vingt ans, Nvidia reste une entreprise respectée des joueurs et à peu près inconnue du grand public.

Le tournant de l'IA. Les processeurs graphiques ont une particularité : ils font des millions de petits calculs en parallèle. Or c'est exactement ce dont les réseaux de neurones ont besoin pour apprendre. À partir de 2012, les chercheurs en intelligence artificielle se mettent à entraîner leurs modèles sur des cartes Nvidia. Quand ChatGPT sort, en novembre 2022, toute l'industrie se rue sur les mêmes puces : les H100, puis les Blackwell, vendues entre 25 000 et 40 000 dollars pièce. Microsoft, Google, Meta, Amazon, OpenAI en achètent par centaines de milliers. Nvidia ne vend pas de l'IA, elle vend les pelles de la ruée vers l'or.

Les chiffres. Au moment où ChatGPT sort, Nvidia vaut environ 400 milliards de dollars en Bourse. Elle franchit 1 000 milliards en mai 2023, 3 000 milliards en juin 2024, 4 000 milliards en juillet 2025, puis 5 000 milliards fin 2025. Ses ventes trimestrielles dépassent 50 milliards de dollars, dont environ 90 % viennent des data centers, et sa marge nette avoisine 55 %, un niveau quasi inédit pour un industriel.

Plus que la France. Le produit intérieur brut de la France, c'est-à-dire tout ce que le pays produit en un an, est d'environ 2 920 milliards d'euros en 2024, soit 3 200 à 3 300 milliards de dollars selon le taux de change. La capitalisation de Nvidia dépasse donc une année entière de production française, et vaut plus que l'ensemble des quarante entreprises du CAC 40 réunies, dont la valeur cumulée tourne autour de 2 500 milliards d'euros.

Pourquoi ça inquiète. Parce que tout repose sur une hypothèse : que les géants de la tech continuent d'acheter des puces au même rythme. Les cinq plus gros clients de Nvidia représentent près de la moitié de ses ventes. Si l'un d'eux ralentit ses investissements, ou si les modèles d'IA deviennent moins gourmands en calcul, comme l'a laissé craindre le chinois DeepSeek en janvier 2025, la valeur de Nvidia peut fondre de plusieurs centaines de milliards en une séance. Et comme Nvidia pèse à elle seule près de 8 % de l'indice S&P 500, c'est toute la Bourse américaine, et les retraites de millions d'Américains, qui suivent.

Ce qu'on n'a pas eu le temps de dire

  • Nvidia ne fabrique pas ses puces. Elle les dessine, et confie la production au taïwanais TSMC, qui fabrique plus de 90 % des puces les plus avancées de la planète. Un seul fournisseur, sur une seule île, à 180 km de la Chine. C'est le sujet d'un prochain dossier.
  • Une capitalisation boursière n'est pas de l'argent qui existe quelque part : c'est le prix d'une action multiplié par le nombre d'actions. Elle peut doubler ou être divisée par deux sans qu'un seul euro ne change de main.
  • Les États-Unis ont interdit l'exportation des puces Nvidia les plus puissantes vers la Chine. Nvidia a conçu des versions bridées pour contourner l'interdiction, avant que celles-ci soient à leur tour restreintes.
  • Jensen Huang porte toujours la même veste en cuir, et il détient environ 3,5 % de l'entreprise, ce qui en fait l'une des quinze plus grandes fortunes du monde.

Sources