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Pourquoi Paris est en train de se vider

Société & France

Paris perd des habitants chaque année depuis plus de dix ans. Une ville de la taille de Nancy a disparu. Trois raisons : le prix, les logements vides, les touristes.

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Voir la vidéo sur TikTokUne minute, trois chiffres, l'essentiel du dossier.

Les chiffres clés

−130 000
habitants entre 2012 et 2022
1 sur 5
logement non habité à l'année
10 000 €
le mètre carré à l'achat

L'article

Les chiffres. Au recensement de 2012, Paris comptait 2 240 621 habitants. En 2022, dernier chiffre officiel de l'INSEE, 2 113 705. Près de 127 000 personnes de moins en dix ans, soit la population d'une ville comme Nancy ou Argenteuil, à un rythme d'environ 12 000 habitants par an. C'est la plus longue phase de déclin de la capitale depuis l'après-guerre, et elle touche tous les arrondissements, les plus centraux comme les plus populaires.

Première raison : le prix. Le mètre carré parisien se vend autour de 9 500 à 10 000 euros en 2025, après un pic à près de 11 000 en 2020. Un appartement de 60 m² coûte donc 600 000 euros, soit vingt ans de salaire médian. À la location, le loyer moyen tourne autour de 30 euros du mètre carré par mois, malgré l'encadrement en vigueur depuis 2019. Pour une famille avec deux enfants qui cherche trois chambres, il n'y a presque rien sous 3 000 euros mensuels. Résultat : les ménages avec enfants sont ceux qui partent le plus, et les naissances parisiennes ont chuté d'un quart en dix ans.

Deuxième raison : les logements vides. Paris compte environ 1,4 million de logements. Mais près de 20 % d'entre eux ne sont pas des résidences principales : environ 130 000 résidences secondaires et pied-à-terre, et plus de 120 000 logements vacants, selon l'INSEE et l'Atelier parisien d'urbanisme. Soit plus de 260 000 logements, dans la ville la plus dense d'Europe, où personne ne vit à l'année. La Ville a multiplié par trois la surtaxe sur les résidences secondaires, sans inverser la tendance.

Troisième raison : les touristes. Paris est la ville la plus visitée du monde, et les plateformes de location courte durée y proposent plusieurs dizaines de milliers d'annonces, entre 60 000 et 90 000 selon la période et la méthode de comptage. Chaque appartement loué à la nuit est un appartement retiré du marché locatif classique. Depuis 2025, la loi limite à 90 nuits par an la location d'une résidence principale, et la Ville interdit la transformation de logements en meublés touristiques dans les arrondissements centraux. L'effet se mesurera d'ici deux ou trois ans.

Où vont les Parisiens. Vers la petite couronne, d'abord : Montreuil, Saint-Denis, Vitry, Pantin, Ivry gagnent des habitants quand Paris en perd. Puis vers la province, accélérée par le télétravail depuis 2020. Les conséquences se voient dans les écoles : Paris ferme ou fusionne des classes chaque rentrée, plus de 200 en 2024, faute d'élèves, alors que les effectifs explosent dans les villes voisines. Une capitale de plus en plus riche, de plus en plus vieille, et de moins en moins habitée.

Ce qu'on n'a pas eu le temps de dire

  • La baisse de population n'est pas seulement due aux départs : le solde naturel (naissances moins décès) de Paris s'est effondré, avec 20 % de naissances en moins entre 2014 et 2023.
  • Le Grand Paris Express, avec ses 68 nouvelles gares d'ici 2030, rend la banlieue de plus en plus attractive et accélère le mouvement.
  • Londres, New York et San Francisco ont connu le même phénomène : les très grandes métropoles riches perdent des habitants au profit de leur périphérie.
  • La Ville de Paris vise 25 % de logements sociaux en 2025 (contre 17 % en 2010), ce qui freine la baisse mais ne l'arrête pas.

Sources